Fukushima, le couvercle du soleil

Fukushima, le couvercle du soleil

Le 11 mars 2011, le Japon est secoué par un séisme, suivi d’un tsunami et de la triple catastrophe nucléaire de Fukushima.

 

L’équipe du Premier Ministre, Naoto Kan, tente de faire face à cette situation. Que s’est-il passé réellement à la résidence du Premier Ministre au moment de la pire crise de l’histoire du pays ?

La vérité a-t-elle été entièrement révélée ?

 

 

Fiction

Réalisé par Futoshi Sato

Japon, 2019

VOST • Durée : 01H30

Des archives du KGB aux victimes irradiées, une autre histoire de Tchernobyl

Des archives du KGB aux victimes irradiées, une autre histoire de Tchernobyl

Pourquoi nos sociétés n’ont-elles quasiment pas évolué après Tchernobyl ?

 

C’est la faute à l’État soviétique qui a tout fait pour dissimuler la vérité, suivi par plusieurs États occidentaux.

Dans « Tchernobyl par la preuve », l’historienne Kate Brown se plonge dans la mère des catastrophes modernes et se propose simplement de raconter l’histoire des dépossédés.

On ne trouvera nulle meilleure preuve du mythe selon lequel l’accident nucléaire de Tchernobyl aurait causé peu de dommages que sur Reporterre même. Trente-cinq ans après la catastrophe, le média invitait Éric Piolle et Arnaud Montebourg à débattre autour du nucléaire. Or, pour justifier la prétendue sécurité du nucléaire, l’ex-ministre du Redressement productif assura que l’accident de Tchernobyl avait causé « zéro mort » alors que même l’URSS parle officiellement de cinquante-quatre victimes — erreur qu’il reconnût cependant immédiatement.

C’est précisément pour déconstruire ce mythe d’une catastrophe maîtrisée par l’État soviétique que Kate Brown a écrit Tchernobyl par la preuve (mars 2021, Actes Sud). Première historienne occidentale à avoir exploré les archives ukrainiennes, Kate Brown, qui lit et parle parfaitement la langue russe, livre une reconstitution minutieuse de la gestion par les autorités soviétiques des suites de l’accident du 26 avril 1986 et de ses conséquences écologiques, économiques, politiques, sanitaires et sociales sur les populations qui vivaient — et vivent encore — là. Avec une question simple, à laquelle on n’apporte en général aucune réponse : « Pourquoi nos sociétés n’ont-elles quasiment pas évolué après Tchernobyl ? »

Une affaire étouffée pour garantir la stabilité politique

Un premier élément de réponse apparaît dès qu’on pénètre avec l’autrice dans les archives soviétiques : rien n’a changé parce que les autorités ont tout fait pour étouffer l’affaire. Contrairement aux portraits qu’en ont brossés plus tard les experts internationaux, les médecins et scientifiques soviétiques, aussi compétents qu’eux mais nettement moins bien équipés, ont dès les premiers jours mesuré la portée du drame.

Le problème est que les garants de l’ordre, à commencer par le KGB, ont eux aussi rapidement compris à quel point un tel événement menaçait la stabilité politique. On peut en effet imaginer l’émoi populaire qu’aurait provoqué le fait de rendre publique l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a sévi plusieurs années durant chez les enfants irradiés, délibérément laissés sur place, alors que « le Parti communiste s’autoproclamait le défenseur de tous les enfants ».

Le gouvernement de Moscou et ses institutions ont donc redoublé d’efforts pour lancer des études orientées afin de prouver le caractère inoffensif des radiations émises par l’explosion du réacteur. Or, dans le même temps, constatant les maladies qui se multipliaient dans les territoires contaminés, les autorités locales publiaient quantité de guides et de recommandations sur la survie en milieu radioactif et relevaient considérablement le seuil d’exposition maximale à ces radiations… Montrant à quel point les instances soviétiques ont sciemment manipulé les chiffres et autres données sanitaires, Kate Brown conclut que ceux-ci « ne sont pas des appareils médicaux, mais des outils politiques ».

« Ce ne sont pas des appareils médicaux, mais des outils politiques. »

Cependant, l’URSS n’est pas la seule à avoir menti effrontément. Lorsqu’au début des années 1990, le gouvernement progressiste de Gorbatchev invita les experts internationaux à se rendre sur place, ces derniers, le plus souvent étasuniens, minimisèrent les conséquences de l’accident nucléaire aussi vigoureusement que leurs homologues communistes.

Et pour cause : Tchernobyl menaçait de révéler au grand jour les conséquences sanitaires désastreuses des essais nucléaires que les gouvernements américain comme soviétique tentaient de garder secrètes depuis des années. Elle initia donc une coalition internationale informelle des tenants du nucléaire face aux assauts de plus en plus pressants de ses détracteurs.

Comme on le voit, l’État soviétique — comme beaucoup d’autres régimes productivistes — fit primer les impératifs économiques sur la sécurité et la santé de ses citoyens. Et s’efforça de maintenir l’ordre social, aussi inégalitaire et dangereux fût-il. Comme pour beaucoup de catastrophes, Tchernobyl frappa donc surtout les classes populaires. Ainsi, sous prétexte de ne pas apeurer la population en brisant la routine économique, les dirigeants de l’usine textile de Tchernihiv, à 80 kilomètres à l’est du réacteur, une ville pourtant réputée saine, sacrifièrent délibérément leurs ouvrières en leur faisant filer de la laine provenant des régions contaminées. Sur les 200 « liquidatrices » qui travaillaient en 1986, il n’en vivait plus que dix lorsque Kate Brown se rendit en Ukraine dans les années 2010.

 

Entrée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl.

De même, afin de ne pas perturber davantage une distribution alimentaire déjà restreinte en temps ordinaire, des agronomes moscovites organisèrent sciemment l’abattage du bétail des régions polluées et sa commercialisation sous forme de saucisses à « répartir le plus largement possible sur le vaste territoire de l’URSS, afin que chaque Soviétique ingère, sans le savoir, sa petite part de la tragédie ». À l’inverse, lorsque le gouvernement ukrainien s’efforçait publiquement de protéger ses ressortissants, le gouvernement central de Moscou, hostile à toute autonomie régionale et condescendant envers les « petits frères ukrainiens », le sanctionnait systématiquement.

Nul plus que les Polésiens, ces paysans habitant depuis des siècles les marécages entourant Tchernobyl au confluent de l’Ukraine, de la Biélorussie et de la Pologne, n’ont autant souffert de l’accident. La région étant longtemps restée rebelle au pouvoir central — tant durant la guerre civile soviétique que pendant la Première et la Seconde Guerres mondiales —, elle subissait une répression continue de type militaire. Le territoire avait été transformé en terrain d’expérimentation nucléaire et militaire, empoisonnant les locaux déjà bien avant l’accident de 1986.

 

La domination étatique se heurta à d’innombrables résistances

En vérité, une société a bel et bien évolué après cet accident : la société polésienne. Mais pas nécessairement dans le bon sens. Au lieu de prendre en compte la nature catastrophique de Tchernobyl, les autorités soviétiques préférèrent s’en servir pour « accélérer l’entrée dans la modernité » de l’économie locale. C’est pourquoi les ingénieurs agricoles interdirent l’élevage domestique et obligèrent les propriétaires de cheptels à se spécialiser soit dans la viande, soit dans le lait, à l’image des fermes industrielles aux États-Unis. De fait, « la catastrophe » — ou plutôt son instrumentalisation politique — « a privé les Polésiens de leur indépendance économique et en a fait des nécessiteux ».

En réinscrivant ainsi l’événement du 26 avril 1986 dans le temps long, l’historienne en déconstruit le caractère accidentel, qui équivaut, à ses yeux, à « regarder ce drame par le petit bout de la lorgnette ». Car « Tchernobyl n’est que l’expression d’une accélération, un point d’orgue spectaculaire dans une séquence de contaminations qui a transformé les paysages, les corps et la politique ».

Heureusement, la domination étatique se heurta à d’innombrables résistances. Même lorsque l’État communiste œuvrait dans le plus grand secret, quelques courageux scientifiques s’efforcèrent de révéler l’ampleur du drame à l’étranger. Ainsi, la physicienne Natalia Lozytska, en mai 1988, lors de la première conférence internationale sur le sujet qu’organisait l’URSS, n’hésita pas à se déguiser en femme de ménage pour transmettre aux experts occidentaux des documents contredisant les chiffres officiels avancés par le gouvernement. Mais c’est surtout au début des années 1990, lorsque Mikhaïl Gorbatchev initia sa politique de la perestroïka (« transparence » en russe), que « Tchernobyl devint le slogan de tous ceux qui voulaient dénoncer le pouvoir soviétique ».

Contester les mensonges et les demi-vérités du gouvernement rassembla les forces démocratiques et écologistes, qui firent appel à l’aide et à l’expertise internationale — aussi décevantes s’avérèrent-elles — pour rétablir la vérité et lever le voile sur les maladies à répétition qui frappaient durement l’Ukraine et la Biélorussie. Défiance envers la science et soif d’un renouveau politique s’imbriquaient dès lors inextricablement, car, comme l’écrit Kate Brown, « le réacteur, en explosant, n’avait pas seulement contaminé le sol et l’air, il avait aussi vicié l’atmosphère politique et la confiance générale en la science ». Fourre-tout à force de coaliser toutes les oppositions, un tel mouvement partit dans plusieurs directions. Si, d’une part, de nombreux citoyens menèrent des enquêtes indépendantes sur les dégâts de Tchernobyl, d’autres se montrèrent si sceptiques envers un appareil scientifique qui les avait trompés aussi effrontément qu’ils se tournèrent vers les prétendus miracles d’hypnotiseurs.

 

Le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en septembre 2018.

Au bout du compte, et même si l’on ne saura jamais précisément combien de morts aura causé l’accident nucléaire de Tchernobyl, Kate Brown avance une fourchette minimale de 35 000 à 150 000 décès liés à la catastrophe. Mais se focaliser sur une statistique rend aveugle à toutes les reconfigurations qu’entraîna le drame. Ainsi, la décision finale de ne pas déplacer les populations des marais irradiés bouleversa le mode de vie des Polésiens. Plus personne ne voulant de leurs viandes contaminées, ils renouèrent avec la cueillette de baies et de champignons… qu’ils commercialisent encore aujourd’hui, via la Pologne et par le jeu de quelques truchements sur leur taux de millisieverts, dans toute l’Union européenne et jusqu’en Amérique du Nord.

Par de tels exemples concrets, la lecture de Tchernobyl par la preuve dépasse largement une simple querelle statistique, aussi capitale soit-elle pour comprendre les risques nucléaires. Par sa plume polyvalente, capable d’analyser scrupuleusement une archive du KGB comme de décrire avec force vie l’écosystème d’une forêt irradiée ou de croquer en détail le caractère d’un personnage, Kate Brown assigne un rôle moral à son métier d’historienne. Face aux estimations chiffrées dans lesquelles « se perd le corps de ceux qui ont ingéré tous ces isotopes, et ce qui leur est arrivé », elle se propose simplement de raconter l’histoire des dépossédés.

Au terme de l’ouvrage, on comprend à quel point Tchernobyl fait figure de mère des catastrophes modernes. La plupart de celles qui l’ont suivie reprendront le même schéma, dans lequel l’État gestionnaire se sert de l’accident pour transformer en profondeur la société — le plus souvent, contre son gré. On l’a vu à l’œuvre aux États-Unis après le 11 septembre, qui a renforcé la société de surveillance, au Japon après Fukushima, devenue emblème de l’acceptation — forcée — du risque technologique… et il y a fort à parier que la pandémie de Covid-19 ne le reproduise. Et ce, toujours au détriment des dépossédés.


  • Tchernobyl par la preuve — Vivre avec le désastre et après, de Kate Brown, aux éditions Actes Sud, collection Questions de société, mars 2021, 528 p., 25 euros.
Guerre du Vietnam : l’Agent Orange

Guerre du Vietnam : l’Agent Orange

Guerre du Vietnam : procès historique d’une victime de l’agent orange.

 

À 79 ans, elle s’attaque à 14 géants de l’agrochimie dont Bayer-Monsanto. Victime comme des millions de Vietnamiens de l’agent orange qui continue de tuer de génération en génération, Tran To Nga témoigne.

 

Tran To Nga : Elle se bat contre les désastres de l’agent orange, arme chimique utilisée pendant la guerre du Vietnam.

 

Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont utilisé un liquide chimique, l’agent orange, afin de détruire les cultures des combattants et les forêts dans lesquelles les résistants se cachaient. 45 ans plus tard, une partie de la population porte encore les marques des ces expositions ultra-toxiques. C’est le combat de Tran To Nga, voici son histoire.

 

Le parcours d’une résistante

Tran To Nga naît en 1942 dans le delta du Mékong. Malgré la guerre, elle obtient son diplôme universitaire de chimie à Hanoï et s’engage dès le soir même dans la résistance. Elle marche alors pendant 4 mois pour rejoindre le maquis dans le sud où elle joue un rôle en tant qu’enseignante, avant de devenir reporter.

 

Les ravages toxiques de l’agent orange

Les États-Unis ont commencé à épandre l’agent orange dès 1961 afin de détruire les cultures et cachettes

naturelles des combattants vietnamiens. “Tout de suite après, les feuilles commençaient à tomber, et après, il n’y avait qu’un désert”, se souvient Tran To Nga.

Cet herbicide a été déversé sur 10 % de la superficie du sud du Vietnam et aurait affecté directement entre 2,1 et 4,8 millions de personnes. En 1966, Tran To Nga se retrouve pour la première fois directement exposée à un épandage. Elle tombe enceinte un an et demi plus tard. Sa fille tombe rapidement malade, 3 jours après sa naissance : “La peau tombait en lambeaux, et elle commençait à avoir du mal à respirer. Ma fille était condamnée d’avance”, explique-t-elle. Sa fille décède à tout juste 7 mois.

 

Les conséquences au long terme

En s’infiltrant dans les sols, les rivières, l’agent orange a impacté toute la chaîne alimentaire, provoquant de lourdes malformations, des cancers, des maladies neurodégénératives…En 2011, des analyses ont prouvé que Tran To Nga et ses deux autres filles avaient développé plusieurs pathologies directement liées à l’exposition à l’agent orange. “Dans ma famille, on arrive à la troisième génération victime de l’agent orange“, affirme-t-elle.

Aujourd’hui devenue citoyenne française, Tran To Nga a décidé de poursuivre les firmes responsables de cet empoisonnement. Elle conclut : “Mon objectif pour ce combat, c’est de demander justice pour moi et mes enfants, ma famille, mais aussi pour avoir une jurisprudence pour que toutes les victimes de l’agent orange, non seulement du vietnam, mais des autres pays aussi, arrivent à se frayer un chemin pour aller au devant de la justice et la demander pour eux.

 

25/01/2021 12:34
 

Martin Luther King

Martin Luther King

L’histoire de Martin Luther King,

les combats de sa vie.

Martin Luther King est né le 15 janvier 1929.

Voici son histoire.

15/01/2021 09:25
 
 

https://www.brut.media/histoire-de-martin-luther-king

Ce documentaire retrace, de 1955 à 1968, les étapes cruciales de la vie du leader non violent,

prix Nobel de la paix en 1964, qui prononça devant plus de 250 000 personnes un discours resté célèbre, commençant par ces mots : « I Have a Dream »…


Avec : Paul Newman, Joanne Woodward, Ruby Dee, James Earl Jones, Clarence Williams III, Burt Lancaster, Ben Gazzara, Charlton Heston, Harry Belafonte, Sidney Poitier, Bill Cosby, Diahann Carroll, Walter Matthau, Anthony Quinn…

 

Revue de presse

Le Monde : « Une vision au ras du bitume d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation, d’une poignante beauté »

Les Inrockuptibles  : « Landau le sait, toute parole venant commenter la vie et l’œuvre de King serait superflue, malvenue. Il fallait ce silence dévoué du réalisateur-monteur pour faire retentir la voix et les mots de cet orateur hors du commun et bouleversant. »

Aller plus loin

- Entretiens avec Howard Zinn : une émission de Là-bas si j’y suis

- Martin Luther King, l’insurgé : une émission de Là-bas si j’y suis avec Sylvie Laurent

 

Documentaire Réalisé par Joseph L. Mankiewicz, Sidney Lumet, Ely Landau États-Unis, 1970 Proposé par ZED

VOST • Accès : Monde • Durée : 3h05

Une Histoire Populaire Américaine

Une Histoire Populaire Américaine

Tant que les lapins n’auront pas d’historiens,

l’histoire sera racontée par les chasseurs

Au Début du XXème siècle, les parents d’Howard Zinn, débarquent d’Europe de l’Est à Ellis Island, comme des millions de migrants qui rêvent de terre promise, qui rêvent de fortune, qui rêvent simplement d’une vie meilleure… Ils découvrent l’Amérique.

Du pain et des roses est le premier long métrage d’une trilogie en cours de réalisation qui va parcourir l’histoire populaire des États-Unis de Christophe Colomb à nos jours, à travers l’histoire personnelle extraordinaire de Howard Zinn, historien des lapins.

Cette histoire des États-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu.

L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes.

Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.

Une histoire populaire des États-Unis a reçu le prix des « Amis du Monde diplomatique » en 2003.

https://agone.org/

 

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